Statistique et Enseignement. Vol. 3. N° 2. p. 87-97. Quelle est votre définition de "pourcentage" ? Proposition pour l'enseignement.
Auteur : Fine Jeanne
Autre nom d'auteur : Fine Jeanne. Dir.
Résumé
Dans un article récent du Monde Magazine (30 mars 2013), intitulé « Les maths, nouvelle langue morte ? », Maryline Baumard rappelle les difficultés dans lesquelles se trouvent nos hommes et femmes politiques face à des questions relevant de la « règle de trois », des pourcentages ou même simplement des tables de multiplication : « Un coup d’oeil au niveau en maths de nos hommes politiques devrait cependant rassurer plus d’un parent sur les chances de carrière de ses enfants. Et inquiéter plus d’un citoyen quant à la gestion de nos finances publiques. « Si 10 objets identiques coûtent 22 euros, combien coûtent 15 objets ? », demande un journaliste de RMC à Luc Chatel, en juin 2011. Bravant le sens commun qui veut que deux produits valent en général plus cher qu’un seul, le ministre de l’éducation nationale répond 16,5 euros (au lieu des 33 euros attendus) à cet exercice de CM2. Trois mois plus tôt, Valérie Pécresse, en charge de l’enseignement supérieur et diplômée de HEC – temple des forts en maths –, oublie devant les caméras que l’on n’additionne pas des pourcentages et explique avec aplomb que lorsqu’un département augmente ses impôts de 30% et que sa région alourdit les siens de 58%, la facture du contribuable est majorée de… 88%. Mais que la gauche ne se gausse pas trop devant tant de confusion à droite. L’innumérisme est aussi développé dans son camp. Au point que Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes, autant dire le grand vérificateur des dépenses publiques, s’est joliment illustré en répondant (toujours sur RMC) que 7 × 9 = 76. Quant à Olivier Besancenot, du Nouveau Parti anticapitaliste, il a refusé de multiplier 8 par 9. » Dans la mesure où, en statistique, les pourcentages sont utilisés pour les fréquences et pour les probabilités, savoir interpréter et utiliser les pourcentages est le premier niveau de la littératie statistique, à prendre en charge dès le collège. Dans un article intitulé « Mathématiques et économie : je t’aime, moi non plus », Bonneval (2003) écrit : « Nous savons tous la difficulté que présente pour les élèves (et pour la majorité des adultes) une pratique intelligente des pourcentages. Pourquoi un tel pathos autour d’une notion très simple, qui a été étudiée au collège ? Je risque un diagnostic : c’est que nous l’enseignons mal. Les pourcentages ne sont rien d’autre qu’une façon d’écrire les nombres et ne méritent pas au lycée d’être étudiés pour eux-mêmes. Certes, ils sont utilisés couramment pour écrire les fréquences et les taux d’évolution. Mais ce sont les propriétés des fréquences et des taux d’évolution qui doivent être explicitées. Traiter ensemble ces deux notions très différentes, sous prétexte qu’elles s’écrivent toutes deux sous forme de pourcentage, conduit à des acrobaties de langage qui ne font qu’entretenir la confusion. » J’adhère totalement à ce propos : que ce soit au collège ou au lycée, la confusion entretenue autour des pourcentages est un obstacle majeur pour une formation en statistique (descriptive ou inférentielle). C’est l’objet de ce libre-propos.
Notes
Cet article est publié sous la rubrique "Libres propos".
La revue Statistique et Enseignement (archives 2010-2018) était une revue de la Société Française de Statistique (SFdS). Elle visait à publier des contributions (réflexions critiques, analyses, présentations d’activités) relatives à l’enseignement de la statistique et des probabilités, à tous niveaux scolaires ou universitaires, à la formation extra-scolaire, voire à sa popularisation grand public.
Une version texte intégral est en téléchargement sur le site Statistiques Persée
Données de publication
Éditeur Société Française de Statistique (SFdS) , Paris , France , 2012 Format A4, p. 87-97
ISSN 2108-6745
Public visé chercheur, enseignant, formateur
Type article de périodique ou revue Langue français Support papier
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